dimanche 17 janvier 2016

Flèche d'Orient


"4 heures 25 du matin à l'aéroport d'Athènes, sous le ciel attique toujours lumineux, quelques personnes, des bagages, des paquets, un monceau de sacs postaux....
un avion au profil racé dont les trois moteurs tournent au ralenti avec ce joli bourdonnement d'une machine qui "tourne rond". Cinq passagers montent avec moi dans la spacieuse et claire cabine; les sacs postaux, les colis, les bagages sont placés rapidement dans les cales à l'avant et à l'arrière de la machine; les portes sont fermées; quelqu'un lève le bras, l'avion roule va se placer face au vent, roule de plus en plus vite et décolle ; le miracle quotidien s'accomplit ; la Flèche d'Orient, de la Compagnie internationale de Navigation Aérienne, a pris son essor, à l'heure rigoureuse, et me déposera ce soir au Bourget... à Paris.
Un voyage en avion ne se raconte plus, pas plus qu'un voyage en chemin de fer.
Des impressions de vol ? Le paysage défile, les frontières ne sont marquées que par les uniformes différents des douaniers et des policiers aux escales; mon passeport s'orne (!) de cachets de couleurs et de formats divers ; si c'est à titre de contrôle, je ne vois pas clairement le but, si c'est un modèle des arts graphiques nationaux, cela est peu réussi.

Quand donc ces formalités périmées seront-elles abolies ?
J'admire la diligence du personnel qui, pendant les escales de dix minutes, reçoit les passagers qui descendent, fait monter ceux qui partent, décharge la poste, les colis, les bagages, charge le fret, fait viser un certain nombre de documents.
Il y a là une adaptation parfaite d'un personnel cependant très réduit, à un travail important dans un cout laps de temps, qui pourrait servir de  modèle à bien des entreprises de transport.
Belgrade à 9 heures 45, Budapest 11 heures 45, Vienne 13 heures 10, les aéroports défilent... et notre vol commence à 185 km à l'heure.
Près du pilote, un aide pilote radiotélégraphiste passe et reçoit des renseignements météorologiques, sait par conséquent le temps que l'avion va rencontrer.

Par son entremise, le passager peut recevoir et envoyer des télégrammes privés : décidément, la Cidna a tout prévu.
Mais voici Prague, la ville aux cent clochers.... 16 heures 25 nous repartons, Nuremberg, Strasbourg 18 heures10, et dans le calme magnifique de cette soirée d'été, tirés par les trois puissants Titan Major de l'avion Wibault dans lequel nous sommes montés à Prague, nous volons  cette fois à 200 km, à l'heure ; 20 heures.... dans dix minutes nous arriverons, les champs, les bois font place aux maisons qui se pressent les unes contre les autres à mesure que nous avançons; les moteurs diminuent le diapason de leur chanson, un long virage, un court roulement au sol...
Parti d'Athènes ce matin, je vais diner ce soir à Paris.
Une aventure réussie.. un exploit réalisé...pas du tout : un voyage rapide que chacun peut effectuer chaque jour, grâce à la Flèche d'Orient."
                                                              Paul Morand

Quelques variantes  en ce XXI ème siècle.... mais les controles se sont renforcés, le copilote n'envoie plus les télégrammes des passagers !!
Quelle évolution !!! grâce au génie humain. Je n'ai même pas fait d'escale entre Los Angeles et Paris pas plus que de Copenhague à Bangkok !!!
Mais je n'en menais pas large au-dessus de l'Afghanistan  alors en guerre avec l'URSS; je craignais un missile égaré .....


https://www.youtube.com/watch?v=NZNlFwjbX5s

3 commentaires:

  1. Les images proviennent du livre de Morand?
    Merci d'avance pour la réponse.

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  2. Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.

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  3. je ne connais pas le livre de Morand ; l'article provient de la revue Art et Industrie de l'époque

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